Denizli à Konya

Mardi 13 mars, on ne fait rien, pas de visite, pas d’écriture, pas de mécanique, pas de vélo, pas de balade, rien du tout, juste du repos.

P1060247-compressor

Mercredi, Damien a pris 50ans, il est sourd comme un pot, et marche comme un petit vieux, mais pédale toujours. On charge Enselle, et nous attaquons le col, on avance, la reprise est dure on prend donc notre temps. A quelques kilomètres du col on fait une première grosse pause, pour que le vieux prenne ses gouttes, repartons pas très loin pour que Madame fasse pipi à la station essence, redémarrons pour trouver un truc à manger (biscuits et fanta miam), pour finir 3 drôles de dames nous interceptent. En moins d’une heure nous nous arrêtons 4 fois, autant dire que le col on n’est pas prêt de le passer. Une des drôles de dame (Fatma) est la patronne du resto (où on aurait pu manger, si on ne s’était pas arrêté plus tôt), elles nous offrent le çay, du pain avec du fromage blanc, le lieu est vraiment sympa, grand resto surmonté de leur maison et tout autour une grande pelouse super bien entretenue, avec une jolie vue sur les montagnes. On finira donc par planter la tente ici, boire des çay tout l’après midi, discuter avec la patronne, les employés, la famille, les clients, puis Damien se reposera dans la tente (et réparera les bêtises du chien qui a mangé les ficelles pour tendre la tente) pendant que Chacha fait les devoirs avec Salna la petite fille de Fatma, papote avec les filles de Fatma et Mustafa (mari de Fatma).

Jeudi, réveil en douceur, pliage des affaires avant un gros petit déjeuner avec la famille. On est reparti pour finir le col, c’est difficile, pause à une fontaine où un homme nous dit qu’il nous reste qu’un kilomètre de montée, ça fait plaisir. Nous passons le col, puis un deuxième tout petit, quelques fines gouttes de pluie commencent à tomber, mais ça roule bien (surtout en descente). Nous sommes sur une grosses route en direction d’Antalya, on bifurque  à gauche sur une plus petite route en direction de Salda. C’est une belle ligne droite, semblant d’autant plus longue avec la monté au bout pour passer un autre col. Nous faisons un arrêt dans un bouiboui pour manger un sandwich, ils mettrons une bonne demie heure pour les préparer, en fait c’est un sandwich panini customisé et ça valait le coup d’attendre, trop bon, bien chaud avec fromage et saucisse qui pique (et un petit peu de tomate pour le transit). On est prêt à affronter le col et la pluie, en fin de compte avec les paysages (et un chien qui nous fait descendre d’Enselle) , le col se passe bien, et au sommet une magnifique vue sur le lac du bleu turquoise au bleu profond (profond il l’est: 187m, lac le plus profond de Turquie). A Salda, Metin nous invite à boire un çay dans son café, puis à dormir dans son café, d’abord il est sympathique et devient assez lourd: il prend Charlene pour sa femme (et pourtant elle est pas tendre avec lui), Damien doit marquer son territoire (Pas assez de chameaux lui est proposé, et puis mine de rien elle aide un peu dans les montées quand même). Ses parents le remettent en place, on peut dormir tranquilles.

Vendredi, nous avons passé une nuit difficile dans le clic clac, qui n’a pas arrangé les problèmes de dos de Damien. On plie nos affaires, l’Ex amoureux de Chacha nous rejoint plutôt vexé et ennervé, fini les sourires, il nous propose le petit déjeuner, ce qui tombe plutôt bien. Mais présente à Damien une facture de 57 Turkish Lira, on pensait leur laisser un peu de sous car ils sont loin de rouler sur l’or, mais présenté comme ça, on n’est plus très sûr. On charge Enselle, laissons un billet pour le geste (les parents, Hussein et Zeineb fort sympathiques), et partons le ventre vide. Arrivé au croisement de la route principale, la police, les gendarmes, et l’armée qui nous attendent (Metin est vexé à ce point ?! ça se voit qu’il ne connait pas bien Chacha). Non on rigole, ils sont bien là pour des contrôles avec sniper sur la bute, et autres militaires bien armés cachés derrière les panneaux de signalisation. Nous enchainons après avoir trouvé notre petit déjeuner, sur une belle route longeant lac, plateau, carrières de marbres, nous en prenons pleins les yeux avec ce ciel bleu et les arbres fruitiers en fleurs. Pour l’aventure nous casserons un rayon, le dos de Damien fait des siennes, mais nous trouverons à Burdur un hôtel avec Hammam qui soulagera le mal de dos (et le massage).

Samedi, nous décidons de prendre une route formellement déconseillée par un cycliste, mais ça nous raccourci le trajet. Avant cela nous changeons notre rayon cassé ce sera une formalité (heureusement car des curieux examinent les faits et gestes de Damien, valait mieux pas faire d’erreurs) et profitons d’un petit déjeuner festin. Nous prenons donc le raccourcie, qui est un col, c’est simple, ça grimpe tellement qu’il n’ose pas afficher les pourcentages, juste la pente et le symbole %. Le départ est un vrai mur, et il n’en fini pas, surprise nous ne posons pas les pieds à terre, on avance avec des pointes de lenteur à 4,2km/h. La route est sympa, nous offre une jolie vue sur le lac une fois les pourcentages élevés terminés, on finit le col au milieu des champs de rosier et redescendons sur Isparta pour dormir (ville qui a pour spécialité l’essence de rose et les lampadaires en forme de rosiers) et où nous rencontrons Hussein qui a son fils qui vit à Moutiers à côté de Chambéry, le monde est vraiment petit.

P1060315-compressor

Dimanche, après une nuit animée par le derby d’Istanbul au foot, nous partons pour une journée de tandem pépère. Nous sommes poussés par le vent, et encouragés par les klaxons, en direction d’Egirdir, bizarrement personne nous offre le çay (c’est assez rare pour être souligné, peut être passons nous trop vite). Nous passons un petit col, et découvrons un immense lac d’eau turquoise, entouré de montagnes aux sommets enneigés. Pas le temps de s’arrêter la descente nous aspire vers le lac (encore un fort pourcentage). Arrivés nous découvrons une mosquée de 1300 dans un ancien hangar seljukide, et trouvons un fort vent qui nous pousse au bout de la péninsule. Le village est désert, nous sommes à coté d’un cimetière, tout ce que l’on entend c’est le vent et un corbeau. Drôle d’ambiance mais c’est sympa, on trouve un pension, faisons un peu de mécanique (réglage des dérailleurs), et dodo.

Lundi 19 mars, nous quittons Egirdir pour rejoindre Cetince ou par la bas, on ne sait pas trop, c’est juste une bonne journée pour faire des kilomètres. Le vent nous pousse le long du lac turquoise, en arrière plan  des montagnes enneigées, au premier plan des arbres en fleurs formant un camaïeu de rose pastel (dixit Chacha). On roule paisiblement, quittons les berges du lac, roulons au milieu des terres agricoles (spécialité les Elma ou pomme en turc), puis nous nous arrêtons au village de Cetince. On nous offre le çay, de toute manière il faut se faire discret pour pouvoir se payer un çay nous même, et avec Enselle, les cheveux de Damien, et sa démarche de petit vieux c’est loupé. On demande où on peut planter la tente, ils répondent partout, mais passent un coup de téléphone au muktar, c’est décidé on dort dans la mairie, et mangeons chez Monsieur le maire et sa femme. Nous réparons la crevaisons de BOB (ça faisait longtemps qu’il n’avait pas fait parler de lui, il nous a laissé tranquille le temps que l’on s’occupe d’Enselle, maintenant c’est son tour), rangeons nos affaires dans la salle où l’on vient de nous allumer le poêle et mettre de l’eau à chauffer pour la toilette. C’est l’heure où les enfants sortent de l’école, nous sommes assaillis de questions, Enselle fait fureur, le monsieur qui nous a trouvé le logement joue les gardes du corps (plutôt de tandem), c’est au tour des cheveux de Damien, Charlene temporise le tout en leur faisant parler Anglais, ça les calme un peu. Nous passons une excellente soirée chez le muktar (maire) et sa femme (Fatma), qui ne veulent pas qu’on aille se coucher mais on est épuisé, après la négociation d’un dernier çay accompagné de « tchik tchik » (alors que l’on a déjà pris le dessert et tout ce qui passe avant, ils nous offrent loukoums, cacahuètes, biscuits…), nous pouvons aller nous coucher.

Mardi, après une excellente nuit nous rangeons nos affaires, préparons Enselle et rejoignons Fatma qui nous a préparé un bon petit déjeuner avec des frites maisons. Nous lui disons au-revoir, (des larmes sont versées), et nous attaquons les choses sérieuses: un jolie col. Ça grimpe fort, les pourcentages ne sont pas indiqués, ceux à 7% oui, au-dessus non, nous refaisons des pointes de lenteur à 4,2km/h (le compteur ne doit pas pouvoir descendre plus bas car on est à 2 doigts de reculer). Le paysage est joli malgré les nuages, nos efforts sont récompensés par une belle descente de 20 kms et une jolie vue sur le plateau anatolien. Et ça descend bien, quand la pente s’adoucit, voir devient plate nous ne ralentissons pas tellement le vent nous pousse. C’est fun, après avoir bien suer dans la montée nous n’avons plus aucun effort à faire. En fait non, car la pente se raidit encore plus et le vent pousse toujours, on ne peut pas laisser partir Enselle, donc debout sur les freins (euh si on peut le dire, Damien a fond sur les freins). Ils finissent par bien chauffer, à tel point que l’on doit les refroidir à la gourde. On finit la descente, le vent ne veut pas que l’on s’arrête, nous on hésite,  après un changement de direction à 90°, c’est décidé on s’arrête à Aksehir. C’est impossible de rouler droit, les rafales nous font faire des écarts 1m50 voir plus, Chacha se prend des suées, Damien lui crie de se pencher contre le vent (mais c’est déjà le cas) et on avance difficilement jusqu’à la ville. On apprend que c’est avis de tempête et orage, ah bon ? on n’avait pas remarqué ;). Cet arrêt prématuré est une bonne chose, car on découvre la vieille ville et surtout un magasin qui fabrique de l’halva depuis 5 générations (1883), c’est une sacrée dégustation, et on repart avec 1kilo d’halva (le meilleur jusqu’ici, Damien a promis qu’il ne le finirait pas en 2 jours).

Mercredi, grand ciel bleu et surtout beaucoup moins de vent, direction Kadinhani où se trouve un caravansérail. Nous sommes toujours aux alentours de 1000m, mais le paysage est complétement différent, on voit juste des montagnes en forme de colline au loin, nous sommes sur un plateau vert de jeune blé. Nous avons pris une grosse route pour faire des kilomètres sans trop d’effort, donc pas mal de camion et surtout beaucoup de klaxons aux différents sons. Certains pour dire attention bien que vous êtes sur la bande d’arrêt d’urgence  (pratiquement toute les routes en Turquie en ont une) je vais vous doubler sans trop m’écarter, d’autres sont juste des encouragements, parfois les klaxons sont énormes pour un tout petit véhicule, parfois l’inverse. Ces klaxons sont sympa, mais il arrive qu’ils nous surprennent et Enselle sursaute (nous aussi par la même occasion). Au sommet d’une petite côte, une voiture s’est arrêtée, elle nous attend c’est un touriste turc qui veut savoir ce que l’on fait, nous prendre en photo, et bien-sûr nous laisser un présent de cacahuètes. Au carrefour pour rejoindre Kadinhani, une voiture commence à discuter avec nous, nous sommes au milieu d’une deux fois deux voies, Damien avec son légendaire anglais lui dit de traverser on papotera après, on ne le reverra plus, sacré autorité de Damien (et quel anglais). Le caravansérail est fermé, nous cherchons donc un hôtel ou autre (puisque certains font fuir nos hôtes potentiels avec leur accent anglais), et finissons par être escortés par la police. Ils nous emmènent dans l’hôtel municipal vintage, on a le droit à une douche chaude ce qui fait trop du bien. On sort visiter le village, manger, l’ambiance n’est pas désagréable mais on sent que nous sommes dans une région plus traditionaliste.  On rentre se reposer, Damien descend faire le contrôle quotidien d’Enselle et se fait intercepter par le réceptionniste de l’hôtel curieux de notre voyage, Chacha les rejoindra plus tard (trouvant le contrôle quotidien un peu long).

Jeudi, nous partons pour Konya sans le çay du matin, tant pis on est presque sûr que l’on en trouvera un sur la route. Nous partons tout content car il nous reste que 60km, vu que l’on a bien avancé la veille, un peu de dénivelé positif mais rien de méchant. C’était sans compter sur le vent, qui pointe le bout de son nez pour que l’on le prenne en plein pif. Ce que l’on pensait être une journée tranquille vite avalée, devient une bataille contre le vent, on peine à rouler à 9km/h. On prend notre mal en patience, et atteignons le sommet de la bosse, la pente nous aide à combattre le vent et reprenons notre rythme. On entre dans la ville par une très longue ligne droite descendante, puis dans le centre ville dans la circulation et arrivons enfin à l’hôtel (15kms avant d’arriver au centre).

P1060412-compressor

Vendredi, réveil tranquille, petit déjeuner sans rien ranger, visite du musée Mevlana (Djalal al-din Rumi de son nom, poète, père des derviches tourneurs, saint du soufisme « qui aimait toute les religions et dont la religion était l’amour » qui contraste avec le conservatisme religieux de la ville) haut lieu de pèlerinage avec un monsieur qui nous emmène visiter un petit musée avant de se faire virer par d’autres monsieur, apparemment c’était un arnaqueur connu, nous on l’a trouvé plutôt sympa. Nous rentrons à l’hôtel, pour changer de chambre, allons manger, puis petit tour chez le barbier (malgré l’offre spéciale « une barbe tondue une coupe offerte », Damien garde ses dread).

3 réflexions sur “Denizli à Konya

  1. véronique dupré 24 mars 2018 / 10 h 37 min

    ah…super!
    merci pour cet épisode et bisous à vous deux

    J'aime

  2. Sylvie Lambert 24 mars 2018 / 18 h 25 min

    Les kilomètres défilent super !!! Vous devez avoir des sacrés molets ! Surtout des souvenirs plein la tête
    bon courage au vieux Damien pour son dos …..

    J'aime

  3. Michel DUPRE 2 avril 2018 / 15 h 06 min

    Coucou les jeunes un peu vieux maintenant!!!
    Vous devriez être pas loin de l’Iran, si ce n’est déjà fait donc à Téhéran vous pouvez appeler nos amis (Babak et Mehrdad GHAZVINIAN) au (+98 912)132 15 28 mobile et qui parle anglais sinon essayez le (+98 21)561 43 82 au bazar, Merhdad est au courant de votre passage et actuellement il fait guide dans le désert.
    Bonne chance et bises
    Michel le tonton

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s